Je suis partie en résidence multiartistique pour la première fois
Mais au fait, c’est quoi une résidence d’artistes ?
Avant de vous raconter cette semaine complètement folle, laissez-moi vous expliquer ce qu’est, à la base, une résidence d’artistes.
Les artistes professionnels peuvent déposer des dossiers pour participer à des résidences, un peu partout en France et dans le reste du monde. Il faut présenter son travail, son parcours, son projet, et parfois répondre à une thématique proposée par le lieu d’accueil.
Une résidence permet généralement à l’artiste de se consacrer pleinement à sa création pendant une période donnée, en étant immergé à 100 % dans son travail, loin du quotidien et de ses contraintes habituelles tout en étant rémunéré.
À la fin d’une résidence, il y a souvent une restitution sous forme d’exposition, de spectacle, de rencontre ou de vernissage afin de présenter le travail réalisé et d’échanger avec le public.
Ces résidences peuvent être rémunérées et durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Pour le moment, je ne peux pas me permettre de partir aussi longtemps de chez moi. C’est pourquoi, lorsque j’ai vu passer la proposition de résidence de l’Académie de Leynes, j’ai constitué mon dossier et postulé début janvier.
Et puis les mois ont passé.
UNE RÉSIDENCE EN BOURGOGNE
Un matin du mois de mai, un numéro s’affiche sur mon téléphone.
Au bout du fil, une voix souriante et enthousiaste. Elle s’appelle Pauline Boussac et c’est elle qui a fondé l’Académie de Leynes, en Bourgogne.
Son concept tourne autour du vin, de la gastronomie et de l’art.
Dans un petit village situé à proximité de Mâcon, elle loue une magnifique demeure du XVIIIe siècle, un ancien relais de poste aménagé pour accueillir des séminaires d’entreprises, des événements privés et, depuis 2025, une fois par an, des artistes.
Le principe est assez simple : pendant une semaine, nous sommes accueillis et pris en charge sur place. En contrepartie, nous animons plusieurs après-midis d’ateliers ouverts au public et aux touristes de passage.
À la fin de la semaine, un spectacle et un vernissage sont organisés afin de faire une restitution de la résidence, de présenter notre travail et surtout de rencontrer le public.
J’étais prise !
Aller à la rencontre du monde
J’habite dans la Vienne, à l’ouest de la France. Mâcon se trouve à l’est, à environ une heure de Lyon. Pour s’y rendre, ce n’est pas forcément très simple, que ce soit en train ou en voiture.
J’avais d’abord pensé partir en voiture, puis finalement le train m’est apparu comme une solution plus économique.
Et j’avais envie de prendre le train.
Parce qu’il permet de regarder le paysage défiler.
Parce qu’après avoir passé deux ans quasiment à la maison pendant mon arrêt, j’avais besoin de me confronter à nouveau au monde.
De vérifier si j’étais à nouveau capable de vivre en communauté.
De m’intégrer à un groupe.
De gérer mon énergie.
De travailler au milieu d’autres artistes.
Bref, cette résidence représentait aussi pour moi une sorte de test grandeur nature.
Après une grosse journée de transport et une fois mes valises posées, la résidence a commencé de manière festive afin de faire connaissance avec le groupe avec lequel nous allions passer la semaine.
Nous venions de partout en France et même de Belgique, avec des pratiques très différentes autour des arts plastiques et des arts vivants.
Nous étions 14 artistes.
Et très rapidement, le groupe a très bien matché.
14 artistes, des univers et des énergies très différents
Le réveil était à 7 heures tous les matins pour être au petit-déjeuner à 8 heures et commencer à travailler à 9 heures jusqu’à midi.
Après le déjeuner, les premiers jours étaient consacrés à nos projets personnels.
Puis, du mercredi au vendredi, nous avons animé des ateliers de 15 heures à 19 heures.
Et il y en avait pour tous les goûts !
Le public pouvait apprendre à danser comme un robot, tester la peinture, découvrir le cyanotype, apprendre les fondements de la perspective pour dessiner sa rue, travailler le lâcher-prise avec mon atelier, réaliser des sculptures ou encore apprendre à jouer du piano.
Une vraie petite fourmilière artistique.
Notre groupe était composé de personnes d’univers et d’âges très différents et, malgré cela, la mayonnaise a vraiment pris.
Mais je ne vais pas vous mentir : toute cette énergie d’un coup, je n’étais pas prête !
Une semaine intense… très intense
Depuis deux ans, je vis presque en ermite.
Et même si, au mois de juin, j’avais déjà passé une semaine en formation avec un groupe de 13 personnes, l’énergie n’était clairement pas la même.
La formation m’avait rechargée.
La résidence, elle, m’a totalement vidée.
Le rythme était intense en journée, et le simple fait de partager tous les repas en groupe faisait forcément durer les moments collectifs plus longtemps.
Nous étions parfois entre 14 et 18 autour de la table.
Je vous laisse imaginer la scène !
Avec les artistes de théâtre qui n’arrêtaient pas de faire des impros, les discussions autour de nos pratiques, de nos vies, de nos parcours…
Les repas étaient particulièrement animés.
Et puis il y avait les soirées, les sorties, les dégustations, la soirée au village, les dégustations de vin en fin de matinée, la chaleur…
Un cocktail auquel je n’avais clairement plus l’habitude.
Le soir, lorsque chacun retournait dans sa chambre ou que certains restaient encore à papoter sur la terrasse, j’avais besoin, moi aussi, de mon moment de rechargement seule.
De me retrouver dans ma bulle.
De faire mon petit débrief avec moi-même.
Sauf que je me suis couchée quasiment tous les soirs vers 3 heures du matin.
Les nuits furent donc courtes et les journées de plus en plus intenses.
Et à la fin de la semaine, j’ai senti mes émotions atteindre leur maximum.
Je suis d’une nature hypersensible et là, j’étais à mon max.
Je pleurais pour un rien, vraiment.
Chaque chose qui me touchait émotionnellement faisait monter les larmes.
Quand j’ai eu besoin de retrouver ma bulle créative
À un moment donné, je me suis dit que j’avais atteint une limite que je connais plutôt bien.
Il fallait que je fasse la bascule pour ne pas rester dans cet état.
C’est le jeudi soir que j’ai senti que j’avais besoin de retrouver une bulle créative.
Avec Pacotine, nous avons investi le salon du bas, un grand espace dans la maison. Nous avons installé deux tables l’une en face de l’autre afin de créer ensemble en soirée.
Même quand on n’a plus beaucoup d’énergie, nous sommes appelés à nous mettre dans notre transe créative.
Puis Alice, de la compagnie, nous a rejointes parce qu’elle avait besoin de se poser au calme pour écrire ses textes.
Et là, nous étions bien.
Vraiment bien.
J’aurais dû faire ça tous les soirs.
Même si j’avais peint le matin avec une bonne lumière, l’espace dans lequel je me trouvais était très passant.
Moi qui n’aime pas qu’on vienne observer par-dessus mon épaule ce que je fais… j’ai été servie !
Mais c’est ça aussi, sortir de sa zone de confort.
Tester de nouvelles choses.
Observer les autres vous regarder créer.
Voir leurs réactions, leurs encouragements, leurs étonnements, leur curiosité.
Les voir venir demander quels médiums vous utilisez, comment vous travaillez…
Ou parfois simplement les regarder vous observer.
Et mon atelier dans tout ça ?
J’ai vécu une semaine tellement intense que je ne sais pas finalement si j’ai réellement avancé sur mon projet personnel.
Mais il y a une chose dont je suis certaine : l’atelier que j’ai proposé a très bien fonctionné.
Il a été aussi bien reçu par les petits que par les grands.
Même par ceux qui, au départ, ne pensaient pas forcément s’asseoir pour créer ou qui étaient simplement venus accompagner leur enfant.
J’ai vu plusieurs générations s’installer autour de ma table de création et créer ensemble.
Et ça m’a fait chaud au cœur.
J’ai vu des personnes qui ne prennent jamais de temps pour elles arriver fermées et repartir avec le sourire.
Et c’est là que je me suis dit :
J’ai été utile à un instant T.
Et finalement, peut-être que c’est aussi cela que je cherche à travers mes ateliers.
Créer un espace où l’on peut s’arrêter un instant.
Faire quelque chose de ses mains.
Se laisser surprendre.
Et repartir avec quelque chose qu’on n’avait pas forcément prévu de trouver.
Une résidence, c’est aussi découvrir un territoire
La résidence ne s’est évidemment pas limitée à notre travail artistique.
L’Académie de Leynes nous a aussi permis de découvrir un territoire et notamment son univers viticole.
Un soir, nous sommes allés dans un vignoble pour découvrir une maison familiale, avec une magnifique vue sur la Roche de Solutré.
Nous avons visité les vignes du domaine de Vervier de Cindy et Jeremy et échangé avec Cindy sur leur métier, leur passion et les enjeux auxquels ils doivent aujourd’hui faire face.
Notamment avec cet été particulièrement chaud que nous vivons.
Ces moments faisaient partie intégrante de l’expérience : sortir de nos univers artistiques pour aller à la rencontre d’autres savoir-faire, d’autres métiers et d’autres passions.
Et puis il y avait Henri…
Parmi nous, il y avait aussi Henri et sa femme Roselyne.
Henri a 75 ans, il est passionné de vélo et ancien journaliste. Il a aujourd’hui une chaîne TV consacrée à sa passion « La France secrète à vélo ».
Et évidemment… il nous a fait passer devant sa caméra !
Henri est aussi allé pédaler dans les vignes et dans le département. Il nous faisait des sorties de 70 kilomètres.
Bref, un passionné !
Une rencontre de plus dans cette semaine où les personnalités, les générations et les univers se sont croisés.
Vous pouvez retrouver son site internet ici
Alors, qu’est-ce que je ramène de cette résidence ?
Je ne suis pas certaine de pouvoir dire que j’ai avancé autant que je l’aurais voulu sur mon projet personnel.
Mais est-ce vraiment le plus important ?
Je suis partie avec l’envie de créer.
Je suis revenue avec des rencontres, des expériences, des images, des émotions, des questionnements… et surtout la confirmation que j’aime créer au contact des autres.
Cette résidence m’a aussi montré mes limites.
J’ai découvert à quel point l’énergie collective pouvait être stimulante, mais aussi épuisante pour moi.
J’ai appris que j’avais besoin de ma bulle, même lorsque je suis entourée de personnes que j’apprécie.
Et surtout, j’ai découvert que transmettre ma créativité pouvait avoir un impact immédiat sur les autres.
Voir une personne arriver à ma table sans vraiment avoir prévu de créer et repartir avec le sourire, c’est peut-être ça que je retiendrai le plus.
Une semaine intense.
Une semaine parfois trop intense.
Mais une semaine pendant laquelle je me suis sentie à ma place.
Et finalement, c’est peut-être ça que je cherchais en partant en résidence pour la première fois.
Merci à Pauline pour son accueil, pour sa folle idée d’allier gastronomie, vin et art !
Merci à Jeremy pour tous ces bons repas et à Kenza pour sa gestion de l’événement.
Merci à Maryse Amélineau pour son article sur notre résidence.
L'article de presse
Fondée en mai 2024 par Pauline Boussac, pianiste, mécène à la fibre profondément humaniste, l’Académie est une propriété événementielle 5* de 420 m2 située à Leynes qui accueille des entreprises, des particuliers et des artistes en résidence.
En juillet 2025, Pauline a lancé la toute première résidence multi artistique et intergénérationnelle au cœur de ce joli village typique du Sud Mâconnais entouré de vignobles, qui avait accueilli 10 artistes et 2 journalistes.
Cette année, Pauline et son équipe composée de Kenza Cochereau, chargée de la communication et de la production et de Jérémy Bailly, permanent à l’Académie, ont ouvert les portes à 15 artistes, venu.es de toute la France et même de Belgique, en résidence du 20 au 26 juillet 2026.
Pauline Boussac, mécène et artiste
Pauline, à la tête d’une société de conseil sur Paris, est revenu sur le concept de l’Académie :
« Implantée dans un village viticole de 500 habitants, l’Académie est un lieu de résidence de l’Art, de la Gastronomie et du Vin qui a pour objectif de contribuer à la revitalisation en milieu rural. Je porte un mécénat culturel et artistique chaque année. Avec le chiffre d’affaires de ce lieu, je peux produire des artistes et proposer localement des activités gratuites accessibles à tous pour s’initier à tout un panel d’art auquel on n’a pas forcément accès en milieu rural.
La vision que j’ai de l’Académie est que ce lieu au fil des résidences devienne un hub culturel et artistique local. C’est vraiment l’enjeu qui permet à la fois de faire rayonner le village, les producteurs, les commerces et aussi de présenter de manière pérenne, un lieu d’expression artistique et culturelle.
L’Académie dispose d’un modèle particulier puisqu’une partie du chiffre d’affaires est reversée à des fins culturelles et artistiques et que tout excédent est réinvesti pour développer le projet.
L’Académie est adossée à ma société de conseil au sein de laquelle je crée des lieux, c’est le cœur de mon métier, et j’enseigne en France aux étudiants des écoles supérieures, la regénérative hospitalité, c’est une nouvelle forme d’hôtellerie-restaurant qui fait du bien sur son lieu d’ancrage. »
Pauline a travaillé dans de grandes entreprises et à 48 ans, elle a eu envie de mettre en marge toutes ces valeurs qu’elle portait dans l’hôtellerie-restauration depuis 30 ans.
Et Pauline d’ajouter : « Je voulais créer quelque chose de concret : ouvrir une nouvelle voie dans un monde qui a besoin de responsabilité civique, de soutien aux agriculteurs, aux producteurs, de paix. J’ai cherché à donner un vrai sens. J’enseigne depuis plus de 10 ans à près de 800 jeunes par an, âgés de 19 à 24 ans. Je voulais leur ouvrir cette voie au travers de l’Académie. »
L’Académie est un projet à impact qui a requis deux années pour se développer.
La très sympathique Pauline, qui a animé toute la semaine des ateliers initiation piano pour les enfants, remercie chaleureusement ses partenaires : le Grand Site de Solutré, le Département, la mairie de Leynes, le Domaine Verviers à Solutré, David Ripetti de La Marmite de l’Échanson et l’Office de Tourisme du Mâconnais Sud Bourgogne.
Les artistes : passion et générosité
L’Académie privilégie neuf arts.
Marc Forest, illustrateur, facilitateur graphique, vient de Normandie. Il a préparé toute la semaine de grandes fresques en peinture pour l’exposition de fin de résidence de ce samedi.
La provençale Constance Chabrières est sculptrice mais pas que… Cette touche à tout autodidacte adore créer, explorer, tester. Pour sa 2ème résidence, Constance travaille la pâte à modeler et la pâte à papier qu’elle a confectionnées elle même à partir d’épices.
Pacotine, illustratrice, vient de Namur. Elle s’est réorientée vers la peinture depuis 3 ans. Membre d’un collectif d’artistes, elle profite de cette résidence pour illustrer la paix intérieure, les jardins métaphoriques. Elle développe de petits formats plus abstraits pour mettre en former la vigne.
Néoki, ex élève de l’EPAS, comédien en solo, danseur, chanteur, préparait un spectacle Paradoxal Eliott sur la danse robotique. Il a animé des ateliers les après-midis en danse robotique auprès des jeunes et a présenté un éblouissant spectacle mêlant danse, théâtre et chant pour cette fin de résidence.
Baptiste Stalport, surnommé Babou, chorégraphe, auteur-compositeur, enseigne la danse à la MJC des Blanchettes à Mâcon. Il a assuré la fonction de directeur artistique de la résidence cet été. Il a été le présentateur du spectacle de résidence ce samedi après-midi et surtout il a donné lui même une magnifique performance en danse devant le public.
Ludivine, Liaa de son nom d’artiste, est une artiste plasticienne du Poitou-Charente qui s’intéresse au portrait de femmes. Elle travaille actuellement sur le burn out. Graphiste de métier, elle profite de la résidence pour préparer une collection d’illustration. « J’ai un affect avec le papier », nous a-t-elle confié. Son objectif est de vendre de l’atelier créatif en ligne, et du développement personnel.
The Silky’s est un duo de musiciens professionnels créé il y a 10 ans par Émile de Tournus et Arthur de Chalon-sur-Saône. Tous deux sont fils de musicien professionnel. Leur répertoire tourne autour du jazz, blues et boogie. Compositeurs, multi instrumentistes, ils sont également DJ.
Marie Julliard, photographe du Puy-en-Velay, artiste visuelle comme elle aime à se définir, travaille sur les cyanotypes (un procédé photographique monochrome négatif du 19e par le biais duquel on obtient un tirage photographique bleu cyan). Elle met à profit sa résidence pour l’expérimentation. Elle utilise la poudre de fer et des éléments biosourcés. Elle recycle au maximum les déchets en cuisine. Elle a pour projet une exposition et l’écriture d’un livre.
Antonio, écrivain brésilien résidant dans l’Ain a écrit un livre qui parle de sa vie, de résilience. « Je voulais rendre hommage à ma mère décédée il y a 57 ans. Ce sont des souvenirs d’enfance et des moments heureux vécus avec elle », nous a t-il indiqué. Il a animé les après-midi des ateliers de coloriages pour les enfants.
La Compagnie Raz-de-Marée de Lyon, créée en mars 2026, était également en résidence. Alice, Justine, Laura et Pierre-Olivier, metteur en scène, ont travaillé sur une réécriture moderne du mythe de Médée. « Nous cherchions à défendre des rôles féminins plus complexes et profonds. » La Cie a présenté un extrait de la pièce fraîchement créée.
Baptiste a indiqué au public que : « Cette résidence était d’une très grande richesse humaine et artistique. Nous avons pris plaisir à vous transmettre notre passion, à partager nos sensibilités, notre raison d’être. »
Les artistes ont ainsi oeuvré à une cocréation pour préparer la fin de résidence dans une ambiance conviviale et chaleureuse.
Un remarquable spectacle alliant danse, théâtre et chant sur la jolie place du village et le vernissage de l’exposition des œuvres réalisées pendant la semaine ont clos en beauté la résidence artistique.
Souvenirs
Maryse Amélineau
La résidence jour après jour
Vous pouvez retrouver d’autres contenus sur mon instagram ici


